CITATIONS CHOISIES

Le Chanoine Maurice Tornay a été déclaré Bienheureux par le Pape, actuellement saint Jean-Paul II, le 16 mai 1993, en la Basilique Saint-Pierre à Rome.

C’est à la lumière de l’acte d’offrande de sa vie que la spiritualité de Maurice Tornay se comprend.

« Très cher M. Lovey
….Je pars, demain, après la messe. J’emporte ce qu’il faut pour la dire, car il est idiot d’aller au pays interdit, si ce n’est pour y tracasser les démons…. Je vous remercie du mot :  « ne vous laissez jamais aller au découragement ». J’en ai besoin, car je suis bien un peu découragé. Je vous remercie infiniment pour toutes les messes que vous avez célébrées, car je crois qu’une messe n’est jamais dite en vain.
Jusqu’où irai-je ? Qu’arrivera-t-il ? Je ne promets rien. Sicut fuerit voluntas Dei, sic fiat ! » De Téking, le 9.7.1949

Sandjrou ( serviteur) raconte :  « Le dernier soir, pendant le souper, le Père nous a demandé si nous avions eu peur. Nous répondîmes que non, bien qu’en réalité nous avions eu grande peur et nous avions de la peine à avaler notre riz. Le Père dit alors :  « Il ne faut pas avoir peur ; s’ils nous tuent nous les quatre, nous irions tout droit en paradis. C’est pour les chrétiens que nous mourrions. » Puis il récita son bréviaire et dit le chapelet… »
Sandjrou ajoute : « A partir de Dialang, le jour de la mort, il répétait que s’il devait mourir, ce serait très bien. Il se préparait certainement à la mort : le dernier matin, il se contenta de quelques bouchées et le long du chemin il priait le chapelet. Quant à pardonner aux ennemis, il dit à plusieurs reprises que nous ne devions pas en vouloir à Agyié et à Yutun, les émissaires de la lamaserie. » p 33 Revue Mission du Gd St Bernard dans Relation de son Eminence le cardinal Edouard Gagnon à la plénaria du 16.6.1992

Maurice Tornay rejoint, dans le don de sa vie, son Maître, Jésus–Christ, d’abord dans sa prière à Gethsémani : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas, comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »…  « … Si cette coupe ne peut pas passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ». Matthieu 26,39.42
Puis au Calvaire dans le pardon accordé : « là (Calvaire) ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait :  « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Luc 23,34


« Nous avons vu que l’Evangile est proposition de possibles dont l’homme ne se doute même pas. Il convient maintenant de préciser : les possibles ouverts par l’Evangile désignent essentiellement la possibilité du don et la possibilité du pardon. En effet, l’Evangile est le point de rencontre où s’entretiennent la provenance et la destinée, le don et le pardon. » p.159 «  Le christianisme n’existe pas encore » Dominique Collin
Le bienheureux Maurice Tornay se comporte ainsi en vrai disciple du Christ : … « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. » Matthieu 16,24-25

Son sacrifice est le point culminant de sa vie. C’est le fruit d’une lente ascension, au fil rouge bien décelable, mais réalisée par paliers, avec l’assistance gratuite et indispensable, la grâce de Dieu. Au « qui donc peut être sauvé ? » des disciples, Jésus posa sur eux son regard et dit : «  Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » Matthieu 19,25-26 Au comment une vocation peut se réaliser, l’ange répond à Marie : «  L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du très haut te prendra sous son ombre… » Maurice a confiance en Marie, prie le chapelet pour pouvoir affirmer comme elle : «  Voici le serviteur du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Luc 1, 35. Un vrai enfant de Marie !

Durant son enfance à la Rosière, il apprend à devenir un bon berger soucieux du bien-être du troupeau et à poser les gestes du paysan : semer, soigner, récolter. Il entraîne sa volonté, sa résistance, mais tout est cadré par la réalité qui lui demande constamment de s’adapter et… qui commande. De cette époque date sa vocation « Eh bien moi, je veux devenir prêtre » dit l’enfant d’environ 4 ans à sa mère. Propos rapporté par son frère Louis. Sa sœur Anna possédait une image de sainte Agnès, Vierge et Martyre. A la question : comment devenir martyr, la mère répond qu’il faut aimer le bon Dieu par dessus tout et qu’il faut être prêt à mourir plutôt que de l’offenser, Maurice ajoute « C’est vrai, tu verras, je serai martyr. » Propos rapporté par sa sœur Anna. Louis atteste aussi de l’attitude contemplative de Maurice qui tranche avec son caractère impétueux. Il atteste aussi de la piété de son petit frère. Le grain est semé dans une bonne terre en pente, parfois ingrate. Patience !


La deuxième étape de son ascension se fait dans le cadre du collège de l’abbaye de Saint-Maurice. Le collège est tenu par des religieux, témoins des martyrs d’Agaune. Il y est parce qu’il désire devenir prêtre. Le grain semé dans le sol de La Rosière sort de terre et commence à grandir avec tous les combats que cela comporte. 6 ans de croissance, courage ! « Dans toutes mes difficultés et mes peines, je tâche de trouver quelque chose de nouveau à mon esprit et de salutaire à mon âme. C’est ainsi qu’on arrive à bout de tout, et, n’est-ce pas ainsi que l’on doit conquérir sa palme de l’au-delà. » Lettre à son frère Louis, 12.12 1927
« Je pense que bientôt je quitterai tous ces deux mondes ; celui de mon collège qui m’a rendu d’infinis bienfaits ; celui de la Rosière qui m’a donné l’amour….Je vous quitte avec tous ceux qui vous ont habités… je vous quitte de bon cœur… Néanmoins ce que vous m’avez donné me suivra durant toute l’éternité. Je quitterai aussi le collège. C’est la dernière année que tu me conserves dans tes murs. Tu es gris ; tu m’as fait gémir, mais je te resterai attaché. » Lettre à sa famille, St-Maurice le 17.11.1930.


Troisième étape : devenir berger d’hommes. « Pour correspondre à ma vocation qui est de quitter le monde et de me dévouer complètement au service des âmes afin de les conduire à Dieu, et de sauver moi-même, je viens avec la plus sincère humilité vous demander, Monseigneur, de m’accepter comme novice en votre maison du Grand-Saint-Bernard….Lettre du 12.7.1931 la plante a suffisamment poussé pour en reconnaître la nature. Encore un peu de temps pour arriver à maturité. Confiance !


« Il faut nous hâter n’est-ce pas ? A notre âge (20 ans) d’autres étaient saints. Si la tige fleurit trop longtemps, le fruit avant le froid et la mort : et il y a tant de pécheurs, tant de païens qui nous appellent ! … Plus j’ai vécu, plus je suis persuadé que le sacrifice – lui seul – donne un sens à nos jours. » Lettre à sa sœur Anna religieuse en France
« Maurice Tornay avait un tempérament de lutteur, caractérisé par une certaine violence et une franchise un peu anguleuse. Mais je dois reconnaître que Maurice Tornay fut celui qui, de tous les novices, s’est le plus transformé, discipliné, haussé vers la perfection. En dépit de son caractère indépendant, il fut d’une obéissance admirable. » Témoignage de Mgr Adam recueilli par Robert Loup.


Quatrième étape : donner du fruit.

« Ton frère est prêtre, depuis ce matin. Ce que nous attendions depuis 14 ans, est arrivé… » Lettre à son frère Louis de Hanoï le 24.4.1938 « Prie Dieu de ne me laisser jamais décourager. Que d’épines à tailler, que de ronces à déraciner ! Le travail de l’Eglise, oui, ça c’est du beau travail. »Lettre à son frère Louis de Weisi du 30.10.1938. Il lui faut préparer la nouvelle terre à recevoir la semence qu’il devient. « Quant à moi, je suis le curé le plus original du monde : ma paroisse est plus grande que la France, mais elle ne comprend que 2 millions de paroissiens ; et parmi ces 2 millions, 200 environ font leurs Pâques… » Lettre à sa famille de Yerkalo, le 3.1.1946 » Je suis un berger sans troupeau, au milieu de peuples sans pasteurs, et je cherche, parmi les loups, des brebis qui veuillent bien se mettre sous ma houlette… » Lettre à Louis de Pamé du 24.2.1947


Cinquième étape : le sommet est enfouissement
« Pour moi, je vais commencer les catacombes… M. Lattion me donne la permission (quand j’aurai la permission du P.Goré), de partir pour Lhassa. Je la décrocherai bien, quand j’aurai tout préparé ! … Enfin, je la ferme. Nous avons un Dieu, nous. Vivons dans la joie, pas comme les païens qui s’égorgent. » Lettre à M. Lovey de Téking le 7.4.1949

« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit….
Maintenant, mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père,sauve-moi de cette heure ?-Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Jean 12,23-24.27-28

Le fruit
Les chrétiens ont ramené les restes mortels de Doci et du P.Tornay à Yerkalo pour les ensevelir dans le cimetière chrétien du lieu. « Les chrétiens ont recouvré la liberté de pratiquer ouvertement leur religion. Ils ont rebâti leur église démolie par les lamas et, cadeau inouï de la Providence, un ancien élève du P. Tornay… a pu être ordonné prêtre à Shanghai, le 13 juin 1987…La foi est demeurée vivante et les chrétiens se sont multipliés dans la région. Une fois de plus se vérifie l’adage : Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. » Angelin-M. Lovey C.R.B . Vice-Postulateur dans la revue : Mission du Gd St Bernard, No 3, septembre-décembre 1993